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– Combien de temps dois-je consacrer à la pratique ?

– La méditation que je préconise ici peut être faite à tout moment. Quand vous devez vous déplacer d’un endroit à l’autre, appliquez simplement les techniques de la méditation marchée. Quand vient le moment de travailler, vous pourriez éprouver l’envie de l’effectuer en pleine conscience, travailler en pleine conscience. Quand vient l’heure de dîner vous décidez de dîner en pleine conscience. Vous appréciez manger en pleine conscience. Il ne faut pas vous fixer une heure précise pour pratiquer car cette pratique que je préconise peut être réalisée tout au long de la journée, mais je dirais que vous pouvez vous fixer des plages horaires pour faire des choses que vous aimez, si la situation le permet. Peut-être aimez-vous vous lever un quart d’heure plus tôt que d’habitude afin de profiter de quinze minutes de méditation assise ou peut être avant d’aller dormir. Même si la lumière est éteinte, vous pouvez vous asseoir sur votre lit et pratiquer la respiration consciente pendant quinze minutes ! Cela dépend donc de notre intelligence, notre talent à nous organiser parce qu’il y a des choses que nous devons faire collectivement avec les autres et nous ne pouvons pas répondre que nous avons une période spécifique pour faire ce que nous préférons, mais en définitive, nous devons nous rappeler que la pratique peut être réalisée à tout moment, même lorsque vous allez aux toilettes ou que vous nettoyez le sol. Vous pouvez pratiquer. Vous pouvez frotter le sol en étant une personne libre ou un esclave – c’est à vous de décider. Vous faites les choses comme les autres personnes, mais vous êtes une personne libre. Tant d’américains pensent qu’ils agissent en étant victimes du système, mais vous pouvez agir en tant que personne libre. C’est très valorisant. Nous cultivons toujours notre liberté et cela nous apporte beaucoup de dignité, ce que chacun autour de nous voit. Avec la pratique, nous sommes vraiment une personne libre, quelle que soit la situation dans laquelle nous nous trouvons.

Vous vous lavez les mains et allez aux toilettes plusieurs fois par jour. Je propose que chaque fois que vous vous lavez les mains ou allez à la toilette, vous vous investissez à 100% dans votre acte. Arrêtez toute pensée et appréciez ce que vous faites. Cela peut être très amusant. Dans quelques semaines, vous verrez l’effet merveilleux de cette pratique.

 

Thich Nhat Hanh, http://www.buddhaline.net/L-art-de-maitriser-une-tempete

 

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« L’attention juste (skr : smŗti, Pāli : sati, qui signifie aussi ‘mémoire’ ou ‘attention vigi-lante’), septième aspect du Noble Sentier Octuple, est généralement décrite comme la pleine conscience du corps, des sensations, du mental et des objets mentaux,  libre de ‘tout souci mondain’. Les textes anciens décrivent la Voie comme suit :

Allant ou venant, regardant devant ou derrière soi, pliant ou étirant ses membres, portant ses robes et son bol, mangeant, buvant, mâchant ou avalant, déféquant ou urinant, marchant, étant debout ou assis, se couchant ou s’éveillant, parlant ou observant le silence, le moine sur la Voie agit avec une conscience claire.’ (Satipatthāna-sutta)

La pleine conscience est étroitement liée à ‘la garde de la porte des sens’. Face à toutes les sensations provenant des cinq sens, à toutes les activités mentales et tous les sentiments connexes, le pratiquant est censé se prémunir contre la saisie ou l’attachement – et cela n’est possible qu’en restant en permanence dans la pleine conscience.

Il est possible de ‘s’exercer’ soi-même à la pleine conscience en recourant à des formes spécifiques de méditation, la pratique de base étant la respiration consciente. Assis bien droit, les jambes croisées dans la fameuse po-sition du lotus, le pratiquant suit le flux de sa respiration : ‘Inspirant longuement, il sait que son inspiration est longue; ou expirant longuement, il sait que son expiration est longue. Si son inspiration est courte, il sait que son inspiration est courte; si son expiration est courte, il sait que son expiration est courte.’ Il est très important de ne pas réguler sa respiration, de ne pas intervenir, mais, simplement, d’observer son va-et-vient, faisant ainsi l’expérience (et l’apprentissage) de la non-saisie, du non-attachement : ‘Ainsi il demeure libre, ne s’attachant à rien dans le monde.’ Cette clarté sereine est ensuite étendue aux sentiments : ‘Ressentant une sensation agréable, un bhikkhu sait : ‘Je ressens une sensation agréable’. Ressentant une sensation douloureuse, il sait: ‘Je ressens une sensation douloureuse’’’, etc. Le pratiquant observe en pleine conscience l’apparition et la disparition des sensations agréables, désagréables ou neutres et, se contentant de les observer, il ou elle évite de s’en saisir. La pratique s’étend ensuite à l’esprit : il observe simplement l’apparition des états mentaux liés à l’avidité, la haine ou l’illusion, ainsi que ceux libres de ces aspects négatifs, sans souci de « faire » quoi que ce soit les concernant – car observer en pleine conscience, sans intervenir, c’est déjà en soi pratiquer le non-attachement censé conduire à la ‘purification’ espérée. Le Canon Pāli évoque à ce propos ‘la voie directe … qui supprime peine et chagrin, … et mène à la réalisation du Nirvāna’.

Une des méditations sur la mort consiste à considérer la brièveté de la vie à travers cette pensée : ‘Oh, si je n’avais plus qu’à vivre le temps d’une inspiration suivant une expiration ou le temps d’une expiration suivant une inspiration, je tournerais mon esprit vers les enseigne-ments du Bienheureux ! Je pourrais ainsi réaliser une grande chose.’ Quelle est cette ‘grande chose’ à réaliser dans la brièveté du dernier souffle? Pour le bouddhisme, il s’agit de vivre cette ultime respiration en pleine conscience !

Les techniques de méditation visant à cultiver la pleine conscience, particulièrement dans la respiration, ont été largement remises en honneur au XXè s. par le bouddhisme Theravāda. Ces techniques ressemblent étonnamment au zazen, le type de méditation Zen qui n’est pas basée sur la pratique des kōans, mais est décrite comme ‘seulement s’asseoir’ (lit. ‘méditation assise’). D’autres formes d’activités religieuses, telles la récitation ou la pratique de certains rituels, sont fréquemment considérées comme des supports de développement de la pleine conscience, même si tel n’est pas leur objectif immédiat. Pour la grande majorité des écoles bouddhistes, l’art de vivre au quotidien consiste à combiner pleine conscience et équanimité. »

 

P. Schmidt-Leukel, Understanding Buddhism, Dunedin Ac. Press, Edinburgh, 20124, p. 56f.

(Tr. MD)

« La clé de la psychologie bouddhiste est l’analyse du conditionnement. Tous les états mentaux ordinaires dépendent de conditions. Si les conditions changent, alors l’état mental change lui aussi. S’identifier à une existence conditionnée est insatisfaisant (dukkha), car on ne peut se fier à rien dans une telle existence : on est à la merci de forces que l’on ne peut maîtriser, et leur influence ne peut que faire tourner en rond. La véritable satisfaction ne peut survenir que si l’on brise l’emprise du conditionnement.

(…) Le but de la thérapie, dans une perspective bouddhiste, est de libérer l’esprit en lui permettant de se détacher des états conditionnés. A cet égard, les différences qui caractérisent les diverses écoles du bouddhisme relèvent de la technique plutôt que du principe. La délivrance de l’esprit est appelée nirvana. L’état d’esprit conditionné est appelé samsara.

L’enseignement du Bouddha (le Dharma) indique la voie de la libération, le but suprême. A l’intérieur du samsara, toutefois, le conditionnement est une question de degré. Une illusion peut reposer sur une autre, comme un château de cartes. Plus le château est haut, plus la structure est instable. Plus notre esprit est conditionné, plus notre névrose sera profonde et plus nous souffrirons. Il est donc d’une importance capitale de réduire autant que possible notre conditionnement et celui d’autrui.

(…)

Dans le samsara, tous les états mentaux sont instables et décevants parce qu’ils sont associés à des phénomènes de dépendance. Même des états caractérisés par la « réussite » sont insatisfaisants s’ils reposent sur des conditions instables du point de vue de leur apparition et de leur continuité. (…)

Les principes de la dépendance vis-à-vis des conditions ont été enseignées  de nombreuses et diverses manières par le Bouddha selon les besoins de ceux qui venaient le voir. Les Quatre Nobles Vérités constituent une formulation simple de ces principes (…) . »

 

David Brazier, Bouddhisme et psychothérapie, JC Lattès, 2010, pp. 95-97

 

 

Les textes proposés sur le blog de Shikantaza expriment avant tout l’opinion de leurs auteurs. Les lecteurs sont invités à les examiner avec l’esprit de libre arbitre prôné par le Bouddha dans le Kalamma Sutta.

« En somme, la structure des ‘slogans’[1] est fondée sur les deux thèmes sous-jacents du bouddhisme Mahayana : sagesse et moyens habiles. Si vous voulez suivre la Voie, vous avez besoin des deux. Vous devez savoir où vous aller et vous devez aussi disposer d’un chemin pour y aller. Ce qu’on désigne par  « moyens habiles » sont les éléments constitutifs de la Voie. Cultiver la sagesse est primordial, mais comme le dit le vieux dicton Zen, « On ne cuit pas du riz avec des mots ».

Dans la pratique des slogans, chaque situation est envisagée à la fois comme une expression des moyens habiles et de la sagesse. Cela signifie qu’il n’est pas nécessaire de chercher ailleurs pour trouver le Dharma vu qu’il est présent dans toute situation. Par ailleurs, cela signifie aussi qu’il n’est nulle part où se cacher. Une fois que vous avez entrevu l’étendue des enseignements, ils vous hantent où que vous alliez.

 D’une manière générale, quoi que vous entrepreniez, vous devez apprendre comment faire. Si votre but est de faire du droit, vous devez suivre des cours de droit ; si vous voulez faire du commerce, vous devez fréquenter une école de commerce. Et si vous voulez devenir un bodhisattva, vous devez cultiver les six vertus ou perfections transcendantes (paramitas) par l’entraînement de l’esprit et la pratique des slogans.

 Dans le Mahayana, le but est de devenir un guerrier bodhisattva incarnant la sagesse, la compassion, et l’ouverture, et la manière d’y arriver est de s’entraîner à la générosité, l’éthique, la patience, le courage et la concentration. Ces cinq pratiques sont les moyens habiles qui vous mèneront au but. Mais ces moyens habiles doivent être secondés par la sagesse (prajna) ou connaissance transcendante, c.-à-d. la vision qui nous guide sur la Voie. Ensemble, ces six perfections (paramitas) constituent la recette du succès sur la Voie. »

Judy Lief, Fifty-nine ways to make the teachings real, The Best Buddhist Writings 2013, Shambala Sun, p. 114
Traduction : Michel Mokusho


[1] Les « slogans » désignent 59 pratiques pour l’entraînement de l’esprit remontant au maître indien Atisha Dipankara (982 – 1054). Ces pratiques (Lodjong) font l’objet de nombreux commentaires tibétains. Elles sont considérées comme reflétant l’essence de la pratique du Mahayana.

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