Pouvez-vous définir la pleine conscience et expliquer comment nous nous interrompons tant de fois dans notre pratique ?

– Dans ma langue « pleine conscience » se dit « chánh niêm ». La pleine conscience signifie que vous êtes vraiment présent dans l’instant. Lorsque vous mangez, vous savez que vous êtes en train de manger. Lorsque vous marchez, vous savez que vous êtes en train de marcher. L’opposé de « la pleine conscience » est « l’oubli ». Vous mangez mais vous n’en savez rien, votre esprit est ailleurs. Lorsque vous ramenez votre esprit à ce qui se passe dans l’ici et le maintenant, c’est de la pleine conscience, et la pleine conscience peut vous apporter beaucoup de vie, de plaisir et de joie. Par exemple, si vous avez une orange et si vous savez comment passer du temps dans la pleine conscience avec votre orange, le plaisir que vous aurez à la manger sera un millier de fois plus grand que si vous mangez votre orange tout en pensant à d’autres choses ou en vous tracassant pour d’autres choses ou en vous laissant enfermer dans votre colère ou votre désespoir. La pleine conscience est ainsi cette énergie qui vous aide à être avec ce qui est là, quelle que ce soit cette chose. Supposons que nous entendions un bruit. Vous pouvez choisir d’utiliser le bruit comme objet de pleine conscience. « En inspirant, je sais qu’il y a beaucoup de bruit et en expirant, je souris à ce bruit ». Je sais que les personnes qui font du bruit ne sont pas toujours en paix et je ressens de la compassion pour elles, ainsi, si vous pratiquez la respiration consciente et que vous utilisez la souffrance qui est là comme objet de votre pleine conscience, vous pouvez aider l’énergie de la compréhension et de la compassion à s’éveiller en vous. Au cours d’une retraite, une femme se plaignait parce que sa compagne de chambrée ronflait et cela l’empêchait de dormir. Elle s’apprêtait à prendre son sac de couchage et à aller dans la salle de méditation lorsqu’elle se souvint soudain de mon enseignement et décida de rester et d’utiliser le bruit comme cloche de la pleine conscience pour faire naître en elle la compassion : « En inspirant, je suis consciente du ronflement, en expirant, je lui souris ». Dix minutes plus tard, elle dormait profondément. C’était merveilleux.

 

Thich Nhat Hanh, http://www.buddhaline.net/L-art-de-maitriser-une-tempete