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« La vérité que je crois détenir est toujours

plus petite que la vérité elle-même. » Dennis Gira

 

Théologien chrétien et spécialiste du bouddhisme, Dennis Gira est également une référence dans le domaine du dialogue interreligieux. Dans son ouvrage, Le Dialogue à la portée de tous… (ou presque), aux éditions Bayard, il propose et développe cinq règles pour établir un vrai dialogue avec l’autre, aussi bien dans le domaine du religieux que du culturel, du philosophique et du politique. Extrait d’un entretien avec Élodie Maurot (La Croix).

M. : Vous passez [dans ce livre] un long moment à définir le dialogue. Est-ce parce que l’on se trompe souvent à son sujet ? 

G. : Oui, et je pense que c’est une des raisons pour lesquelles certains croyants se découragent devant le dialogue interreligieux. J’entends parfois dire : « Comment dialoguer alors que tant de différences nous séparent ? » C’est pour moi le signe évident que l’on s’est trompé sur ce qu’est le dialogue. On le confond avec une négociation, qui a pour objectif d’arriver à une forme de consensus.

Au contraire, le dialogue ne s’effraie pas des différences parce qu’il ne vise pas un accord qui nécessiterait des compromis. D’ailleurs, sur quoi et au nom de quoi un chrétien, un bouddhiste, un musulman ou un hindou pourrait-il se sentir autorisé à faire des compromis ? En revanche, grâce au dialogue, les croyants peuvent arriver à une meilleure compréhension de leur histoire, de leur culture et découvrir leur interlocuteur. D’autres confusions sont fréquentes : faire du dialogue un débat, où il y a un gagnant et un perdant, ou encore une simple conversation, qui engage beaucoup moins que le dialogue.

M. : Pour vous, le dialogue nécessite une ascèse. En quel sens employez-vous ce mot ? 

G. : L’ascèse n’a ici rien à voir avec la pénitence, la mortification ou un mépris quelconque à l’égard du corps. Avec ce mot, je veux signaler que le dialogue exige un style, une manière d’être, qui est une attention aux autres et à soi. Il s’agit de cultiver certaines dispositions, ce que j’appelle les cinq « amis » du dialogue : le respect, l’amitié, l’humilité, la patience et l’écoute. L’ascèse ne réside pas dans des exercices compliqués, qui mèneraient à l’écart de la vie commune. C’est ne jamais oublier que la vérité que je crois détenir est toujours plus petite que la vérité elle-même. Cela paraît simple mais exige une grande vigilance.

M. : Quel vous paraît être le plus grand obstacle à la rencontre ? 

G. : La peur, parce qu’elle fait construire des forteresses. […]

M. : Quels conseils donnez-vous à ceux qui veulent entrer dans un dialogue ? 

G. : Le premier est de ne pas chercher chez les autres ce qui est important pour nous. Je donne souvent l’exemple de mes amis américains qui, lorsqu’ils venaient en visite au Japon et entraient chez un de mes amis japonais, cherchaient toujours la table haute. Or dans une maison japonaise, cette table est absente… C’est une règle d’or : ne cherchez pas la table dans la maison japonaise !

Ne cherchez pas chez les autres ce qui est important chez vous, sinon vous ne découvrirez jamais ce qui est important pour eux. Celui qui veut dialoguer doit aussi reconnaître les limites du langage, malgré l’usage de mots communs, et juger la tradition de l’autre par ses « sommets » et non par ses « sous-produits ».

 

Source : http://www.la-croix.com/Debats/Opinions/Debats/Dennis-Gira-Laissons-l-autre-nous-dire-qui-il-est-_NP_-2012-07-06-828019

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