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« Cet été-là, on déplora plusieurs suicides au monastère de Vesali. L’Éveillé en demanda les causes et apprit que ces moines avaient manifesté une forte aversion envers leur corps et s’étaient montré las de vivre après une méditation sur la nature impermanente et corruptible du corps.

Fort attristé, le Bouddha convoqua une assemblée de tous les bhikkhus et déclara :

– Bhikkus, nous méditons sur l’impermanence et la disparition de tous les dharmas afin d’en discerner la véritable nature et ne plus être leur esclave. L’Illumination et la Libération ne peuvent être atteintes en échappant au monde mais en regardant en profondeur la véritable nature de tous les dharmas. Ces frères n’ont pas compris cela et ont commis l’acte insensé de s’enfuir. Ils ont violé le précepte intimant de ne pas tuer.

Bhikkhus, une personne libérée ne s’attache ni ne ressent de dégoût envers les dharmas. L’attachement et l’aversion sont deux entraves qui nous lient. Une personne libre les transcende afin de demeurer dans la paix et le bonheur et ne se cramponne pas à des vues limitées sur l’impermanence et le non-soi. Bhikkhus, étudiez et pratiquez l’enseignement intelligemment dans un esprit de non-attachement.

Et le Bouddha leur enseigna la pratique de la respiration consciente pour les aider à se régénérer. »

 

Thich Nhat Hanh, Sur les traces de Siddharta, POCKET, pp. 327-328

Un site pour retrouver toutes les émissions de Sagesses Bouddhistes, les revoir, en lire la transcription ou consulter la liste des ouvrages qui y ont été présentés : http://conscience.33.free.fr/sagesses-bouddhistes.html


« La vérité que je crois détenir est toujours

plus petite que la vérité elle-même. » Dennis Gira

 

Théologien chrétien et spécialiste du bouddhisme, Dennis Gira est également une référence dans le domaine du dialogue interreligieux. Dans son ouvrage, Le Dialogue à la portée de tous… (ou presque), aux éditions Bayard, il propose et développe cinq règles pour établir un vrai dialogue avec l’autre, aussi bien dans le domaine du religieux que du culturel, du philosophique et du politique. Extrait d’un entretien avec Élodie Maurot (La Croix).

M. : Vous passez [dans ce livre] un long moment à définir le dialogue. Est-ce parce que l’on se trompe souvent à son sujet ? 

G. : Oui, et je pense que c’est une des raisons pour lesquelles certains croyants se découragent devant le dialogue interreligieux. J’entends parfois dire : « Comment dialoguer alors que tant de différences nous séparent ? » C’est pour moi le signe évident que l’on s’est trompé sur ce qu’est le dialogue. On le confond avec une négociation, qui a pour objectif d’arriver à une forme de consensus.

Au contraire, le dialogue ne s’effraie pas des différences parce qu’il ne vise pas un accord qui nécessiterait des compromis. D’ailleurs, sur quoi et au nom de quoi un chrétien, un bouddhiste, un musulman ou un hindou pourrait-il se sentir autorisé à faire des compromis ? En revanche, grâce au dialogue, les croyants peuvent arriver à une meilleure compréhension de leur histoire, de leur culture et découvrir leur interlocuteur. D’autres confusions sont fréquentes : faire du dialogue un débat, où il y a un gagnant et un perdant, ou encore une simple conversation, qui engage beaucoup moins que le dialogue.

M. : Pour vous, le dialogue nécessite une ascèse. En quel sens employez-vous ce mot ? 

G. : L’ascèse n’a ici rien à voir avec la pénitence, la mortification ou un mépris quelconque à l’égard du corps. Avec ce mot, je veux signaler que le dialogue exige un style, une manière d’être, qui est une attention aux autres et à soi. Il s’agit de cultiver certaines dispositions, ce que j’appelle les cinq « amis » du dialogue : le respect, l’amitié, l’humilité, la patience et l’écoute. L’ascèse ne réside pas dans des exercices compliqués, qui mèneraient à l’écart de la vie commune. C’est ne jamais oublier que la vérité que je crois détenir est toujours plus petite que la vérité elle-même. Cela paraît simple mais exige une grande vigilance.

M. : Quel vous paraît être le plus grand obstacle à la rencontre ? 

G. : La peur, parce qu’elle fait construire des forteresses. […]

M. : Quels conseils donnez-vous à ceux qui veulent entrer dans un dialogue ? 

G. : Le premier est de ne pas chercher chez les autres ce qui est important pour nous. Je donne souvent l’exemple de mes amis américains qui, lorsqu’ils venaient en visite au Japon et entraient chez un de mes amis japonais, cherchaient toujours la table haute. Or dans une maison japonaise, cette table est absente… C’est une règle d’or : ne cherchez pas la table dans la maison japonaise !

Ne cherchez pas chez les autres ce qui est important chez vous, sinon vous ne découvrirez jamais ce qui est important pour eux. Celui qui veut dialoguer doit aussi reconnaître les limites du langage, malgré l’usage de mots communs, et juger la tradition de l’autre par ses « sommets » et non par ses « sous-produits ».

 

Source : http://www.la-croix.com/Debats/Opinions/Debats/Dennis-Gira-Laissons-l-autre-nous-dire-qui-il-est-_NP_-2012-07-06-828019

Jigmi Thiley, ancien Premier ministre du Bhoutan, a été fait docteur honoris causa de l’UCL [Université Catholique de Louvain-la-Neuve] lundi [3 février 2014] en compagnie du juriste de Harvard Lawrence Lessig et du chirurgien obstétricien congolais Denis Mukwege. Leur objectif à tous : « l’amélioration de la société de demain ».

Le Bhoutan est un petit pays himalayen de 700.000 habitants enclavé entre l’Inde, la Chine et le Tibet occupé. Indépendant depuis 1971, ce pays bouddhiste est, à l’instigation de son roi de l’époque, Jigmi Singye Wangchuck, le dépositaire d’un indice économique alternatif : le bonheur national brut (BNB), par opposition au PIB (produit intérieur brut) qui a cours dans le reste du monde. Premier chef de gouvernement démocratiquement élu (il l’a dirigé en 1998-1999, 2003-2004 et 2008-2013) formé à l’université de Pennsylvanie, Jigmi Thinley incarne depuis quatre décennies cette formule unique. Il préside d’ailleurs un comité d’experts de l’ONU sur le sujet.

«C’est une démarche holistique, explique-t-il. L’enjeu, c’est la construction d’un nouveau paradigme de développement. Il est basé sur l’idée que le développement, aujourd’hui, ne repose que sur la croissance économique et financière alors que chaque catastrophe naturelle ou non résulte de ce mauvais développement qui nous pousse à détruire la Terre. L’idée du bonheur national brut, ce n’est pas celle de votre sentiment égoïste du jour, c’est un état d’esprit global et durable reposant où l’économie est contrebalancée spirituellement, psychologiquement, dans nos relations aux autres. On a été au bout de la logique matérialiste. Chacun doit se poser la question: est-ce que je vais vraiment là où je veux aller et est-ce que j’ai ce que je veux vraiment? Belge ou Bhoutanais, vous arriverez à la même conclusion.»

A l’heure de la remise en question planétaire des indices, le modèle bhoutanais est scruté partout, le bonheur national brut a semblé être remis en question par le nouveau gouvernement de Thimphou. «C’est un malentendu. Mes successeurs ont, pour des raisons politiques, décidé de ne plus promouvoir le BNB à l’étranger mais il est tellement ancré dans les esprits bhoutanais qu’y renoncer serait suicidaire.»

Jean-Fançois Lauwens, Le Soir, mardi 4 février 2014

Dédicace relative

A la fin d’un stage, d’une retraite ou de toute pratique, il est important de faire une dédicace profonde. Et pour que la dédicace soit vraiment profonde, il faut tout d’abord se souvenir de tous les êtres, en visualisant avec notre regard intérieur les différents royaumes d’existence ; il faut se souvenir de la souffrance des êtres dans chaque royaume, dans chaque état d’existence et voir que la plupart n’ont pas accès au dharma. Il faut se rappeler ce moment de gratitude et dire : « Que tout ce que je viens d’écouter, d’entendre, partager, soit disponible pour ceux qui n’ont pas pu venir ».

Quand on fait une dédicace, on ne la fait pas seulement pour soi-même. Maintenant on va faire la dédicace pour tous les autres dans la salle en même temps ; on ne fait pas une dédicace personnelle, on inclut tout le bien qui a été produit pendant ce stage, dans la pratique. Puis, on va étendre encore davantage la conscience pour inclure tout le bien, tous les actes bénéfiques qui ont déjà été produits dans ce monde, dans tous les mondes, dans tous les univers, par tous ceux qui ont pratiqué le dharma. Donc, on inclut tous les êtres du passé qui ont pratiqué le dharma et en plus, tous les actes bénéfiques qui ont déjà été accomplis par ceux qui n’ont pas spécifiquement pratiqué le dharma. Tout ce qui est bénéfique dans l’univers est dédié à l’éveil de tous les êtres. Mais on ne s’arrête pas là non plus. On dédie tout ce qui est accompli maintenant et tout ce qui sera bénéfique dans le futur. On imagine prendre tout cela dans son cœur, tout le bien qui sera encore accompli par tous les êtres dans le futur. Ceci aussi est dédié à la libération et à l’éveil de tous les êtres qui ont vraiment besoin d’aide. On fait des souhaits très puissants pour que chaque être puisse rencontrer le dharma et se libérer grâce à la force du bien.

Quand nous sommes profondément convaincus et que le souhait devient un souhait puissant qui inclut toute notre capacité à faire que chaque être humain soit libéré et réalisé dans l’amour et la sagesse – que chaque animal soit libéré dans l’amour et la sagesse – que chaque esprit avide soit libéré dans l’amour et la sagesse – que chaque être dans les enfers soit libéré dans l’amour et la sagesse, et que les demi-dieux et dieux soient libérés complètement dans l’amour et la sagesse. Quand ces souhaits commencent à inclure tous les êtres, sans aucune exception, notre dédicace devient complète, elle devient universelle. Que tous les êtres réalisent l’éveil, leur propre nature, ce qui est déjà leur héritage depuis toujours et pourtant qu’ils ne connaissent pas.

Dédicace ultime

Ensuite on se détend, il n’y a plus rien à faire. On a développé la force de l’aspiration totale pour libérer tous les êtres, après on lâche, on reste dans l’état d’ouverture tout naturel et on scelle de cette manière la dédicace relative par une dédicace ultime. On se dit à l’intérieur : « Comme tous les bouddhas et bodhisattvas ont fait leur dédicace en demeurant ensuite dans la nature ultime des choses, qu’il en soit ainsi ». Quand on a exprimé cette dernière pensée, « qu’il en soit ainsi », on ne se fait plus de souci. On reste dans ce qui se manifeste à ce moment-là.

 

Lama Lhundroup, Enseignements sur des citations de Gampopa (2), Croizet, 2003

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