« Le bouddhisme enseigne que l’esprit égoïste apparaît en de nombreuses occasions : par exemple, lorsqu’on désire quelque chose avidement, quand on se met en colère, quand on s’illusionne soi-même. S’illusionner soi-même engendre l’ignorance, l’arrogance et le doute. On n’a plus confiance en rien. On renie tout. Finalement, il ne reste que soi. Alors on s’écrie : « C’est à moi » ou bien : « C’est ce type-là qui est le plus important ». Avec le profit et la renommée, l’esprit égoïste se manifeste très facilement. Les êtres humains sont les seuls à courir après la renommée. Les chiens et les chats se moquent de la renommée comme du profit. Si vous montrez un diamant à un chat, le chat n’y prêtera pas attention. Seuls les êtres humains aiment le profit et la renommée. Le profit consiste à s’agripper sans cesse non seulement au monde matériel, mais à la vie mentale et spirituelle. C’est très accaparant. Même si cet appétit se manifeste pour le monde spirituel, ce n’est que de l’avidité. On veut obtenir des bénéfices spirituels et en tirer profit. C’est de l’égoïsme. Il est très difficile à la conscience personnelle d’exister sans profit.

La conscience personnelle est très forte et très profonde. Elle est présente jusqu’au tréfonds de notre inconscient. Nous voulons sans cesse ; aussi, tout naturellement, même pendant zazen, ne pouvons-nous pas rester assis tranquillement. C’est le zazen bruyant ; il n’y a ni sérénité ni tranquillité. Si nous sommes nous-mêmes tranquilles et sereins pendant zazen, nous pouvons être un avec la sérénité et la tranquillité. C’est le plus important. Dès que nous recherchons quelque chose, ce n’est plus la sérénité. Sérénité et tranquillité doivent se manifester en nous quand nous faisons zazen, quand nous marchons, quand nous mangeons, quelle que soit notre activité. C’est ainsi qu’on vit la vie spirituelle.

Nous devons découvrir la nature éphémère du monde. Si nous la comprenons, alors le changement devient très serein, il n’y a rien à dire. Et pourtant, c’est quelque chose de dynamique, quelque chose qui agit. Nous devons étudier cela, nous devons le toucher. Nous devons être cela, directement. Pour que cela devienne réalité, zazen doit être la sérénité même, juste une fleur en train d’éclore. »

 

Dainin Katagiri, Retour au silence, Points Sagesses, 1993, pp. 36-37