« Lorsque la nature éphémère du monde est reconnue, l’esprit égoïste ordinaire se fixe sur quelque chose et dit : « Je l’ai ! » Mais il n’y a aucune chance que cela fonctionne, parce que tout change. Tout ce qu’il y a à faire, c’est d’être présent moment après moment. Quand vous faites zazen, faites simplement zazen. C’est tout ce que vous avez à faire. Aucune idée particulière ne peut définir zazen. Si vous définissez zazen, cela devient quelque chose de particulier, ce n’est plus le vrai zazen. La conscience personnelle définit zazen en disant : « C’est mon zazen ». Alors, tout naturellement, les jugements suivent. Jugements et opinions sont excellents parce que ce sont des fonctions de notre conscience, mais le problème est que, lorsqu’on émet des jugements et des opinions, on se saisit des choses et on s’y attache. C’est la conscience personnelle qui est à l’œuvre.

Si vous avez certaines idées concernant zazen, il vous sera très difficile de comprendre zazen tel qu’il est, au cœur de l’éphémère. Il n’y a pas moyen d’échapper au changement incessant. Aussi, comment puis-je être un avec zazen tel qu’il est ? Comment puis-je montrer la vérité de l’impermanence ? Je dois être tel que je suis en réalité. Ce problème n’est pas seulement celui des êtres humains. Un pin doit vivre comme un pin. C’est tout ce qu’il a à faire. Le pin, le bambou, le lac, l’hiver, tout manifeste sans cesse l’impermanence. Le pin doit être pin à la manière du pin. L’hiver doit être l’hiver quand vient l’hiver. La neige doit être la neige telle qu’elle est. Ce n’est que lorsque le pin devient le pin tel qu’il est qu’il peut manifester l’impermanence, c’est-à-dire la nature. C’est pour cette raison que nous remarquons la beauté du pin. Lorsque le pin est le pin tel qu’il est, le pin existe alors réellement avec toutes les autres choses de la nature – cailloux, lacs, rivières, ciel -, c’est réellement la voie du pin que de devenir le pin tel qu’il est. Telle est la dimension pratique de l’impermanence.

L’impermanence ne vous laisse aucune chance de ramener votre conscience personnelle dans l’impermanence. Tout ce que vous avez à faire, c’est d’être vous-même. Zazen doit être zazen, tel quel. Alors, tout naturellement, l’esprit égoïste n’apparaît pas. »

Dainin Katagiri, Retour au silence, Points Sagesses, 1993, pp. 35-36