You are currently browsing the daily archive for 4 avril 2014.

« Quand vous écoutez un enseignement du Dharma, laissez simplement la pluie du Dharma pénétrer la terre de votre conscience. Ne réfléchissez pas trop, et écoutez sans chercher à juger ou comparer. Jouer avec les mots et les idées, c’est comme vouloir attraper la pluie dans des seaux. Laissez simplement votre conscience recevoir la pluie, et les graines enfouies au plus profond de votre conscience auront peut-être la chance d’être arrosées.

Dans le bouddhisme [mahayana], on dit que la conscience est composée de deux parties : la ‘conscience du tréfonds’ (alayavijñana) et la conscience de l’esprit (manovijñana)[2]. Dans notre conscience du tréfonds sont enfouies toutes les semences représentant tout ce que nous avons fait, vécu ou perçu. Quand une semence est arrosée, elle se manifeste dans notre conscience de l’esprit. Le travail de la méditation consiste à cultiver le jardin de notre conscience du tréfonds. Un bon jardinier doit pouvoir faire confiance à sa terre, en sachant que toutes les graines d’amour et de compréhension, les graines d’éveil et de bonheur sont déjà là. C’est la raison pour laquelle il ne faut pas trop réfléchir ou prendre des notes pendant les exposés du Dharma. Il suffit d’être présent, de laisser arroser les graines d’amour et de compréhension qui sont enfouies au plus profond de nous-mêmes. De plus, l’enseignant n’est pas le seul à prêcher le Dharma : le bambou violet, le chrysanthème jaune, et le soleil couchant s’adressent aussi à nous en même temps. Tout ce qui arrose les semences enfouies au plus profond de notre conscience du tréfonds est le vrai Dharma.

Quand une femme est enceinte, il se passe quelque chose dans son corps et son esprit. La présence du bébé en elle transforma sa vie, et cette nouvelle énergie lui permet de faire des choses qu’elle ne pouvait pas faire auparavant. Elle sourit et fait davantage confiance à l’humanité, devenant ainsi une source profonde de joie et de bonheur pour les autres. Même quand elle n’est pas bien, il y a une vraie paix en elle que l’on peut sentir.

Nous qui pratiquons la méditation avons quelque chose à apprendre de cela. Il y a un bébé Bouddha dans notre conscience du tréfonds que nous devons mettre au monde. Quand nous touchons notre bébé Bouddha – les graines de compréhension et d’amour qui sont en nous – nous sommes pleins de bodhicitta, l’esprit d’éveil, l’esprit d’amour. Dès lors, tous nos actes et toutes nos paroles nourrissent le bébé Bouddha en nous, et nous sommes emplis de joie, de confiance et d’énergie. Selon le bouddhisme mahayana, c’est à partir du moment où nous éveillons notre bodhicitta, où nous touchons notre esprit d’éveil, notre esprit d’amour, que la pratique commence.

Notre esprit d’amour est parfois profondément enfoui dans notre conscience du tréfonds, sous de nombreuses couches de négligence et de souffrance. Le rôle du maître est de nous aider à arroser cet esprit d’amour pour qu’il puisse se manifester.  »

 

Thich Nhat Hanh, L’esprit d’amour, POCKET, 1997, pp. 13-17


[1] appelée aussi ‘conscience du tréfonds’, ‘conscience – réceptacle’ ou ‘conscience base-de-tout’

[2] Selon les textes, le bouddhisme ancien compte six consciences qui constituent l’agrégat des consciences. Le mahayana en dénombre huit : « les six consciences des sens constituant la conscience proprement dite (sk. vijñāna) ; le mental souillé ou entaché de passions (sk. klișțamanas) ; et enfin la conscience base-de-tout (sk. alayavijñana), laquelle est parfois désignée par le terme esprit (sk. citta) ». Philippe Cornu, Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme, Seuil, entrée « Consciences (agrégat des) »

Entrez votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par e-mail.

avril 2014
L M M J V S D
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
282930