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Presque tous les principaux cultes représentés en Belgique sont signataires de la lettre ouverte contre l’extension (aux mineurs) de la loi sur l’euthanasie. Le bouddhisme, par contre, n’en fait pas partie. Et pour cause, dans cette philosophie religieuse, «toute personne est parfaitement libre», souligne Monique De Knop, présidente de l’Union bouddhique belge, «nous sommes dans un non-dogmatisme absolu». Elle précise cependant que le courant bouddhiste encourage à rester pleinement conscient jusqu’au bout, car «le moment de la mort est quelque chose de précieux dans le cadre d’une renaissance».

S’ils privilégient donc les soins palliatifs, les bouddhistes n’excluent pas la possibilité d’une souffrance si importante qu’il en devient intenable de rester en pleine conscience. Même si, entraînés sur le plan spirituel, notamment à travers la méditation, «ils vont souvent arriver à gérer les problèmes et les douleurs». Ce qui fait dire à Monique De Knop que les demandes d’euthanasie doivent être assez rares dans la communauté.

L’âge, pour eux, ne change strictement rien au raisonnement. Si l’acte à poser peut être particulièrement pénible pour le personnel médical, les bouddhistes y opposent la motivation altruiste qui doit alors dominer. Bien sûr, il existe également dans ce courant spirituel des préceptes comme «tu ne prendras pas la vie d’autrui». «Mais ils doivent toujours faire l’objet d’un examen au cas par cas», précise la présidente de l’Union bouddhique.

Si les bouddhistes ne représentent qu’une part infime de la population belge, leur point de vue de «Voie du milieu» en ce qui concerne l’euthanasie est sans doute partagé par de nombreux Belges. Les laïques et les athées se sont déjà prononcés clairement en faveur de la loi. Et si Messieurs Ugurlu, Guigui ou Léonard, par exemple, représentent l’autorité des différents cultes, il n’est pas certain que la base des fidèles dans son ensemble se positionne de façon aussi radicale sur la question. En France, où l’euthanasie n’est même pas autorisée par la loi, une enquête de 2012 a révélé que 59% des catholiques étaient favorables à la légalisation de l’euthanasie…

Elodie Blogie, Le Soir, 27 novembre 2013

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« Le bouddhisme enseigne que l’esprit égoïste apparaît en de nombreuses occasions : par exemple, lorsqu’on désire quelque chose avidement, quand on se met en colère, quand on s’illusionne soi-même. S’illusionner soi-même engendre l’ignorance, l’arrogance et le doute. On n’a plus confiance en rien. On renie tout. Finalement, il ne reste que soi. Alors on s’écrie : « C’est à moi » ou bien : « C’est ce type-là qui est le plus important ». Avec le profit et la renommée, l’esprit égoïste se manifeste très facilement. Les êtres humains sont les seuls à courir après la renommée. Les chiens et les chats se moquent de la renommée comme du profit. Si vous montrez un diamant à un chat, le chat n’y prêtera pas attention. Seuls les êtres humains aiment le profit et la renommée. Le profit consiste à s’agripper sans cesse non seulement au monde matériel, mais à la vie mentale et spirituelle. C’est très accaparant. Même si cet appétit se manifeste pour le monde spirituel, ce n’est que de l’avidité. On veut obtenir des bénéfices spirituels et en tirer profit. C’est de l’égoïsme. Il est très difficile à la conscience personnelle d’exister sans profit.

La conscience personnelle est très forte et très profonde. Elle est présente jusqu’au tréfonds de notre inconscient. Nous voulons sans cesse ; aussi, tout naturellement, même pendant zazen, ne pouvons-nous pas rester assis tranquillement. C’est le zazen bruyant ; il n’y a ni sérénité ni tranquillité. Si nous sommes nous-mêmes tranquilles et sereins pendant zazen, nous pouvons être un avec la sérénité et la tranquillité. C’est le plus important. Dès que nous recherchons quelque chose, ce n’est plus la sérénité. Sérénité et tranquillité doivent se manifester en nous quand nous faisons zazen, quand nous marchons, quand nous mangeons, quelle que soit notre activité. C’est ainsi qu’on vit la vie spirituelle.

Nous devons découvrir la nature éphémère du monde. Si nous la comprenons, alors le changement devient très serein, il n’y a rien à dire. Et pourtant, c’est quelque chose de dynamique, quelque chose qui agit. Nous devons étudier cela, nous devons le toucher. Nous devons être cela, directement. Pour que cela devienne réalité, zazen doit être la sérénité même, juste une fleur en train d’éclore. »

 

Dainin Katagiri, Retour au silence, Points Sagesses, 1993, pp. 36-37

« Lorsque la nature éphémère du monde est reconnue, l’esprit égoïste ordinaire se fixe sur quelque chose et dit : « Je l’ai ! » Mais il n’y a aucune chance que cela fonctionne, parce que tout change. Tout ce qu’il y a à faire, c’est d’être présent moment après moment. Quand vous faites zazen, faites simplement zazen. C’est tout ce que vous avez à faire. Aucune idée particulière ne peut définir zazen. Si vous définissez zazen, cela devient quelque chose de particulier, ce n’est plus le vrai zazen. La conscience personnelle définit zazen en disant : « C’est mon zazen ». Alors, tout naturellement, les jugements suivent. Jugements et opinions sont excellents parce que ce sont des fonctions de notre conscience, mais le problème est que, lorsqu’on émet des jugements et des opinions, on se saisit des choses et on s’y attache. C’est la conscience personnelle qui est à l’œuvre.

Si vous avez certaines idées concernant zazen, il vous sera très difficile de comprendre zazen tel qu’il est, au cœur de l’éphémère. Il n’y a pas moyen d’échapper au changement incessant. Aussi, comment puis-je être un avec zazen tel qu’il est ? Comment puis-je montrer la vérité de l’impermanence ? Je dois être tel que je suis en réalité. Ce problème n’est pas seulement celui des êtres humains. Un pin doit vivre comme un pin. C’est tout ce qu’il a à faire. Le pin, le bambou, le lac, l’hiver, tout manifeste sans cesse l’impermanence. Le pin doit être pin à la manière du pin. L’hiver doit être l’hiver quand vient l’hiver. La neige doit être la neige telle qu’elle est. Ce n’est que lorsque le pin devient le pin tel qu’il est qu’il peut manifester l’impermanence, c’est-à-dire la nature. C’est pour cette raison que nous remarquons la beauté du pin. Lorsque le pin est le pin tel qu’il est, le pin existe alors réellement avec toutes les autres choses de la nature – cailloux, lacs, rivières, ciel -, c’est réellement la voie du pin que de devenir le pin tel qu’il est. Telle est la dimension pratique de l’impermanence.

L’impermanence ne vous laisse aucune chance de ramener votre conscience personnelle dans l’impermanence. Tout ce que vous avez à faire, c’est d’être vous-même. Zazen doit être zazen, tel quel. Alors, tout naturellement, l’esprit égoïste n’apparaît pas. »

Dainin Katagiri, Retour au silence, Points Sagesses, 1993, pp. 35-36

« Quand vous écoutez un enseignement du Dharma, laissez simplement la pluie du Dharma pénétrer la terre de votre conscience. Ne réfléchissez pas trop, et écoutez sans chercher à juger ou comparer. Jouer avec les mots et les idées, c’est comme vouloir attraper la pluie dans des seaux. Laissez simplement votre conscience recevoir la pluie, et les graines enfouies au plus profond de votre conscience auront peut-être la chance d’être arrosées.

Dans le bouddhisme [mahayana], on dit que la conscience est composée de deux parties : la ‘conscience du tréfonds’ (alayavijñana) et la conscience de l’esprit (manovijñana)[2]. Dans notre conscience du tréfonds sont enfouies toutes les semences représentant tout ce que nous avons fait, vécu ou perçu. Quand une semence est arrosée, elle se manifeste dans notre conscience de l’esprit. Le travail de la méditation consiste à cultiver le jardin de notre conscience du tréfonds. Un bon jardinier doit pouvoir faire confiance à sa terre, en sachant que toutes les graines d’amour et de compréhension, les graines d’éveil et de bonheur sont déjà là. C’est la raison pour laquelle il ne faut pas trop réfléchir ou prendre des notes pendant les exposés du Dharma. Il suffit d’être présent, de laisser arroser les graines d’amour et de compréhension qui sont enfouies au plus profond de nous-mêmes. De plus, l’enseignant n’est pas le seul à prêcher le Dharma : le bambou violet, le chrysanthème jaune, et le soleil couchant s’adressent aussi à nous en même temps. Tout ce qui arrose les semences enfouies au plus profond de notre conscience du tréfonds est le vrai Dharma.

Quand une femme est enceinte, il se passe quelque chose dans son corps et son esprit. La présence du bébé en elle transforma sa vie, et cette nouvelle énergie lui permet de faire des choses qu’elle ne pouvait pas faire auparavant. Elle sourit et fait davantage confiance à l’humanité, devenant ainsi une source profonde de joie et de bonheur pour les autres. Même quand elle n’est pas bien, il y a une vraie paix en elle que l’on peut sentir.

Nous qui pratiquons la méditation avons quelque chose à apprendre de cela. Il y a un bébé Bouddha dans notre conscience du tréfonds que nous devons mettre au monde. Quand nous touchons notre bébé Bouddha – les graines de compréhension et d’amour qui sont en nous – nous sommes pleins de bodhicitta, l’esprit d’éveil, l’esprit d’amour. Dès lors, tous nos actes et toutes nos paroles nourrissent le bébé Bouddha en nous, et nous sommes emplis de joie, de confiance et d’énergie. Selon le bouddhisme mahayana, c’est à partir du moment où nous éveillons notre bodhicitta, où nous touchons notre esprit d’éveil, notre esprit d’amour, que la pratique commence.

Notre esprit d’amour est parfois profondément enfoui dans notre conscience du tréfonds, sous de nombreuses couches de négligence et de souffrance. Le rôle du maître est de nous aider à arroser cet esprit d’amour pour qu’il puisse se manifester.  »

 

Thich Nhat Hanh, L’esprit d’amour, POCKET, 1997, pp. 13-17


[1] appelée aussi ‘conscience du tréfonds’, ‘conscience – réceptacle’ ou ‘conscience base-de-tout’

[2] Selon les textes, le bouddhisme ancien compte six consciences qui constituent l’agrégat des consciences. Le mahayana en dénombre huit : « les six consciences des sens constituant la conscience proprement dite (sk. vijñāna) ; le mental souillé ou entaché de passions (sk. klișțamanas) ; et enfin la conscience base-de-tout (sk. alayavijñana), laquelle est parfois désignée par le terme esprit (sk. citta) ». Philippe Cornu, Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme, Seuil, entrée « Consciences (agrégat des) »

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