« Former le vœu que tous nos semblables soient  délivrés

 de la souffrance, telle est la compassion. » S.S. le Dalaï-Lama

 

Reconnaître la souffrance d’autrui

« Il est – après l’empathie et le développement de l’intimité – une autre pratique importante dans le développement de la compassion. Elle consiste à reconnaître la nature de la souffrance. Notre compassion pour toutes les créatures sensibles est issue de notre reconnaissance de leur souffrance. La contemplation de la souffrance a une caractéristique bien particulière : elle gagne en puissance et en efficacité si nous nous concentrons sur notre propre souffrance pour ensuite étendre cette reconnaissance à la souffrance d’autrui. La compassion envers nos semblables croît avec notre perception de leur souffrance.

Nous sympathisons tous spontanément avec un être qui endure une douleur manifeste – qu’il souffre d’une maladie grave ou qu’il ait perdu un être cher. Le bouddhisme a une expression pour ce type de souffrance : la souffrance de la souffrance.

Il est plus difficile d’éprouver de la compassion pour quelqu’un qui fait l’expérience de ce que les bouddhistes appellent la souffrance du changement, laquelle désigne souvent une expérience agréable, comme la célébrité ou la richesse. Il s’agit là d’une seconde espèce de souffrance. Face à une personne ayant brillamment réussi, nous ressentons souvent de l’admiration ou de l’envie, au lieu d’éprouver de la compassion, alors que nous connaissons le caractère éphémère de ce succès et les cruelles désillusions que réserve souvent l’avenir. Si nous connaissions vraiment la nature de la souffrance, nous réaliserions le caractère éphémère de la célébrité ou de la richesse et des joies qu’elles procurent, et celui, inéluctable, de la souffrance qui leur succédera.

Il existe enfin un troisième niveau d’affliction, plus profond et aussi plus subtil. Nous en faisons constamment l’expérience, parce que ce type de souffrance est un corollaire du cycle des existences. La nature cyclique de l’existence nous condamne à subir l’emprise perpétuelle d’émotions et de pensées négatives. Aussi longtemps qu’elles nous gouvernent, notre existence entière est placée sous le signe de l’affliction. (…)

Dès que nous sommes capables de combiner empathie pour les êtres humains et compréhension profonde de la souffrance qu’ils éprouvent, nous sommes alors tout aussi capables d’une authentique compassion envers eux. À condition toutefois d’y travailler sans relâche. Cette démarche est comparable à celle qui consiste à allumer un feu en frottant deux bouts de bois l’un contre l’autre. Pour que le bois s’enflamme, la température doit rejoindre peu à peu le point de fusion grâce à une friction continue. Pour accroître nos qualités morales telles que la compassion, nous devons procéder de la même façon – nous devons appliquer avec constance les techniques mentales requises pour obtenir l’effet désiré. (…)

S.S. le Dalaï-Lama, L’art de la compassion, Éditions J’ai lu, Paris 2002, pp. 68-70