Et quel roi dans le monde trouverait-on

Comme Asoka bouleversé, pour avoir fait

 une petite guerre, pendant toute sa vie

en faisant contrition et pénitence ?

Henri Michaux, Un barbare en Asie, 1933

« À l’heure où l’Occident se trouve confronté à la possibilité de nouvelles « guerres saintes », le bouddhisme semble offrir un exemple rassurant de religion pacifique. En réalité, les rapports du bouddhisme et de la guerre sont complexes. Dans les pays où il constituait l’idéologie officielle, il fut tenu de soutenir l’effort de guerre. Il existe également dans le bouddhisme tantrique un arsenal important de techniques magiques visant à soumettre les démons. Il fut toujours tentant d’assimiler les ennemis à des hordes démoniaques, et de chercher à les soumettre par le fer et le feu rituel.

(…)

En résumé, sans nier l’importance, au cœur même du bouddhisme, d’un idéal de paix et de tolérance fondé sur de nombreux passages scripturaux, il ne manque pas d’autres sources pour affirmer que la violence et la guerre sont permises lorsque le Dharma bouddhique est menacé par les infidèles. Dans le Kâlachakra-tantra par exemple, texte auquel se réfère souvent le dalaï-lama, les infidèles en question sont des musulmans qui menacent l’existence du royaume mythique de Shambala. Par ailleurs, les conquérants mongols et les guerriers japonais qui leur résistaient étaient les uns comme les autres de fervents bouddhistes.

À ceux qui rêvent d’une tradition bouddhique monologique et sereine, il faut opposer, par souci d’objectivité, cette part d’ombre. Toutefois, même dans les cas avérés d’intolérance, le bouddhisme est surtout coupable de n’avoir pas su garder suffisamment ses distances vis-à-vis des idéologies politiques, voire nationalistes, ou du milieu social dont il était issu. Dans l’ensemble, il a toutefois été beaucoup plus nuancé en ce domaine que les autres grandes religions ou idéologies. »

Bernard Faure, Le bouddhisme, idées reçues, Le Cavalier Bleu, 2010, pp. 97-101