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« Je suis devant la douleur comme un cheval rétif devant une rivière. Grosse de courants dangereux, d’obstacles et de dangers, cette rivière m’effraie, et j’essaye de toutes mes forces de ne pas y entrer. Je ne veux pas y aller, je me bloque, je refuse, et pourtant il n’y a pas d’autre chemin à ce moment-là devant moi. Ou plutôt, car mon image n’est pas tout à fait juste, je suis déjà dans le cours de la rivière, et je suis déjà en train de me débattre de peur de m’y noyer.

Tout naturellement, la douleur m’effraie : je sais qu’elle va me dépouiller de mes repères et de mes projets. La douleur nous met à nu : comme un torrent forçant une digue, elle arrache au passage nos certitudes, elle nous montre fragiles, là où nous nous pensions forts.

Alors je cherche un raccourci, un chemin de traverse qui m’évitera cette épreuve de la douleur ; parfois je tente de fermer les yeux, de la nier, de faire « comme si » elle n’existait pas ; d’autres fois, je m’y laisse engloutir, pensant que si je m’y perds, si je disparais, il n’y aura plus personne pour subir cette douleur.

Mais ces deux tentatives sont des leurres : pour parvenir à la non-douleur, il n’y a pas d’autre chemin qu’accepter la douleur. La fin de la douleur se trouve dans la douleur même.

Le Bouddha a dit que, pendant notre vie, nous sommes frappés de deux flèches : la première, celle à laquelle nul n’échappe, est la douleur physique – maladie, invalidité, amoindrissement dû à la vieillesse – ou morale – regrets, séparation, deuils. Mais la seconde, qui la suit, est la peur de cette douleur ; et celle-là, lorsque nous la reconnaissons, peut être évitée. La flèche de la douleur prend de multiples formes, mais il n’est pas de vie qui en soit exempte. Elle est inévitable. Mais la flèche de la peur, celle-là, nous en sommes à la fois auteur et victime. Cette flèche s’appelle « Non ».

La flèche nous fait refuser ce qui est : emportée par la rivière, je suis encore en train de dire : « Je ne veux pas », alors que ma lutte pour ne pas sombrer ne peut passer que par le « oui », total, assumé, prononcé de tout mon être.

 

 Jôshin Luce Bachoux, Comme un cheval rétif…, in :

La Vie, 14 avril 2011, p. 56-57

 

« Les six mondes sont autant d’espaces psychiques dans lesquels nous faisons l’expérience de nous-même autant que du monde phénoménal tout entier — d’une manière à chaque fois distordue. Nous passons tous dans ces six mondes, jour après jour, moment après moment, même si parfois nous sommes plus profondément enfermés dans l’un d’entre eux.

—    Le Monde de l’Enfer conduit à considérer toute chose comme violente. On se sent en ce monde perpétuellement victime d’agression ou habité d’une haine féroce — sans que nous arrivions toujours à distinguer si la haine est nôtre ou vient du monde.

—    Le Monde des Fantômes Affamés consiste à percevoir le monde comme empli de richesses inaccessibles. Nous ressentons alors un désir ou une faim insatiables qui ne peuvent jamais être comblés, si bien que nous nous sentons prisonniers d’un profond sentiment de pauvreté.

—    Le Monde des Animaux est le monde de l’ignorance accomplie — rien ne fait assez sens pour nous. Nous avons l’impression de ne rien comprendre à ce qui se passe.

—    Le Monde des Dieux est un état de félicité que l’on essaie de maintenir coûte que coûte, soucieux de ne pas entrer trop en rapport au monde tel qu’il est. C’est un état d’orgueil et de jouissance narcissique.

—    Dans le Monde des Dieux Jaloux tout est vu à partir de la comparaison et le monde est alors pour nous comme un champ de bataille dans lequel il faut être armé jusqu’aux dents. Y règnent la jalousie, l’esprit de compétition et la méfiance.

—    Le Monde Humain est tout entier orienté sur la recherche du plaisir et la fuite du déplaisir. Nous sommes alors obsédés par une quête hédoniste.

Comprendre avec finesse ces états, comprendre comment nous les construisons et comment nous pouvons nous en libérer offre une carte de l’esprit humain et une façon de comprendre la psyché humaine. »

Source : http://www.ecole-occidentale-meditation.com (site de Fabrice Midal)

Mettā Sutta (Sutta Nipata, 1.8)

Paroles du Bouddha sur la bienveillance

Traduction de Jeanne Schut

http://www.dhammadelaforet.org/

 

Voici comment devrait se comporter

Celui qui a développé des qualités de bonté

Et qui connaît la voie de la paix :

Qu’il soit appliqué et droit,

Direct et doux dans ses paroles.

Humble et sans prétention,

Satisfait et aisément contenté.

Qu’il ne se laisse pas submerger par les obligations et demeure frugal.

Qu’il soit paisible, maître de ses sens,

Naturellement discret, sans exigences.

Et qu’il ne fasse rien

Que les sages, plus tard, pourraient condamner.

 

Qu’il médite ainsi :

« Prenant moi-même refuge dans le bonheur et la paix,

Je souhaite que tous les êtres soient heureux et en paix.

Que tous les êtres vivants, quels qu’ils soient —

Les faibles comme les forts, tous sans exception,

Les grands et les puissants, les moyens et les petits,

Visibles et invisibles, proches et lointains, nés et à naître —

Que tous les êtres soient heureux et en paix !

Que nul ne trompe autrui, ni ne méprise aucun être, quel qu’il soit.

Que nul, par colère ou aversion, ne souhaite de mal à autrui. »

 

Comme une mère, au péril de sa vie,

Protège son enfant, son unique enfant,

Ainsi doit-on ouvrir son cœur à l’infini à tous les êtres vivants,

Rayonner la bienveillance envers le monde entier :

Ouvrir son cœur dans toutes les directions –

En haut, en bas et tout autour, sans limites –

Libre de toute haine et de toute aversion.

Que l’on soit assis, debout, en marche ou couché,

Tant que l’on est éveillé, on doit toujours être fidèle à ce souhait.

C’est ce que l’on appelle

« Demeurer dans un état divin ici et maintenant ».

Sans se laisser piéger par des croyances erronées

Celui qui a le cœur pur, qui voit la vérité ultime des choses

Et s’est libéré de tous les désirs sensoriels,

Ne reprendra plus jamais naissance dans ce monde.

 

Et quel roi dans le monde trouverait-on

Comme Asoka bouleversé, pour avoir fait

 une petite guerre, pendant toute sa vie

en faisant contrition et pénitence ?

Henri Michaux, Un barbare en Asie, 1933

« À l’heure où l’Occident se trouve confronté à la possibilité de nouvelles « guerres saintes », le bouddhisme semble offrir un exemple rassurant de religion pacifique. En réalité, les rapports du bouddhisme et de la guerre sont complexes. Dans les pays où il constituait l’idéologie officielle, il fut tenu de soutenir l’effort de guerre. Il existe également dans le bouddhisme tantrique un arsenal important de techniques magiques visant à soumettre les démons. Il fut toujours tentant d’assimiler les ennemis à des hordes démoniaques, et de chercher à les soumettre par le fer et le feu rituel.

(…)

En résumé, sans nier l’importance, au cœur même du bouddhisme, d’un idéal de paix et de tolérance fondé sur de nombreux passages scripturaux, il ne manque pas d’autres sources pour affirmer que la violence et la guerre sont permises lorsque le Dharma bouddhique est menacé par les infidèles. Dans le Kâlachakra-tantra par exemple, texte auquel se réfère souvent le dalaï-lama, les infidèles en question sont des musulmans qui menacent l’existence du royaume mythique de Shambala. Par ailleurs, les conquérants mongols et les guerriers japonais qui leur résistaient étaient les uns comme les autres de fervents bouddhistes.

À ceux qui rêvent d’une tradition bouddhique monologique et sereine, il faut opposer, par souci d’objectivité, cette part d’ombre. Toutefois, même dans les cas avérés d’intolérance, le bouddhisme est surtout coupable de n’avoir pas su garder suffisamment ses distances vis-à-vis des idéologies politiques, voire nationalistes, ou du milieu social dont il était issu. Dans l’ensemble, il a toutefois été beaucoup plus nuancé en ce domaine que les autres grandes religions ou idéologies. »

Bernard Faure, Le bouddhisme, idées reçues, Le Cavalier Bleu, 2010, pp. 97-101

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