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La vacuité n’est pas l’absence des phénomènes,

c’est la nature même des phénomènes.

Mathieu Ricard[1]

 

Les Bouddha disent que la vacuité consiste à renoncer aux opinions.

Ceux qui croient à la vacuité sont incurables.

Nagarjuna, Stances du milieu par excellence 13.8

« Shunyata ne signifie pas non-existence ni vide, pas plus qu’elle ne décrit quelque réalité transcendante, comme Dieu ou le Brahman. Selon Nagarjuna, shunyata renvoie simplement au fait que les choses n’ont pas d’ « essence » ou d’être en soi propres. Toutes les choses apparaissent et disparaissent selon des causes et des conditions, c’est-à-dire qu’elles sont dépendantes d’autres choses qui elles aussi apparaissent et disparaissent. Pour Nagarjuna, shunyata est un concept utile parce qu’il peut nous aider à approfondir notre compréhension de la réalité, mais il ne renvoie pas en lui-même à quelque chose. Shunyata est un raccourci qui renvoie à cette absence d’existence propre. Pourtant ce terme est souvent mésinterprété de deux façons : pour certains, shunyata signifierait que rien n’existe d’aucune façon, ce qui équivaut à un nihilisme. Si rien n’existe à quoi bon faire quoi que ce soit (par exemple suivre la voie bouddhiste) plutôt que de ne rien faire ? (…)

 Nagarjuna s’oppose de façon cinglante à une interprétation nihiliste de shunyata : malheur à ceux qui la soutiennent, car elle revient à tenter d’attraper un serpent par la queue. Ceux-là confondent deux niveaux différents de vérité, le niveau conventionnel (ou relatif) et le niveau suprême (ou absolu). Le conventionnel n’est pas suprêmement vrai mais il est nécessaire pour pointer vers la vérité suprême et le concept de shunyata est l’une des vérités conventionnelles qui nous aident à atteindre cette vérité, que l’on ne peut exprimer en mots. En d’autres termes, la shunyata est elle-même vide : … elle ne sert qu’à montrer l’absence d’existence autonome des choses, tout cela pour nous aider à nous libérer de notre attachement à celles-ci. En dernier ressort, ces choses n’existent pas et donc la shunyata non plus. Nous devons lâcher prise du concept de shunyata lui aussi, exactement comme avec le radeau du Bouddha. »

David Loy, Notes pour une révolution bouddhiste, Kunchab+, Bruxelles 2010, p.58 s.

Les textes proposés sur le blog de Shikantaza expriment avant tout l’opinion de leurs auteurs. Les lecteurs sont invités à les examiner avec l’esprit de libre arbitre prôné par le Bouddha dans le Kalama Sutta.

L’empereur chinois Wu-ti était un adepte et un propagateur  du bouddhisme. Il avait déjà fait construire de nombreux monastères. Aussi demanda-t-il à Bodhidharma (5è – 6è s. de notre ère) quels mérites ses actions lui vaudraient pour ses réincarnations futures.

« Aucun ! » répondit le premier patriarche du Ch’an en Chine.

« Ceux qui découvrent des sociétés bouddhistes comme la Thaïlande pourraient tirer de ce voyage la conclusion bien pardonnable que le rôle essentiel du Sangha [ici : communauté des moines] n’est pas d’enseigner le Dharma ni même de donner le bon exemple, mais de servir de « champ de mérites » qui fournira aux laïques des opportunités d’accumuler lesdits mérites. Selon la croyance populaire, plus un bhikkhu est spirituellement développé, plus une donation au susdit fera grossir le compte en banque spirituel du donateur. Pour les moines, le plus important, en conséquences, est de suivre rigoureusement les règles et les prescriptions composant le Vinaya, le code monastique, et d’afficher leur orthodoxie aux yeux du monde extérieur, afin d’être perçu par les laïcs comme dignes de recevoir des dons. Le résultat est que de nombreux Sangha asiatiques et leurs supporters laïques sont enfermés dans une  » relation de couple » sclérosée qui interdit aux deux partenaires toute évolution. Cette préoccupation concernant le karma est semblable à celle de nombreux chrétiens envers le péché – on note un effet de symétrie inversée entre les deux. Le péché est un acte négatif qui doit être absous, au contraire du karma positif, producteur de mérites, qui doit être recherché et accumulé, mais psychologiquement, on assiste au même phénomène : ainsi détournés de leur sens originel, tous deux sont utilisés pour garder le contrôle de notre destinée post-mortem. »

David Loy, Notes pour une révolution bouddhiste, Kunchab+, Bruxelles 2010, p. 66-67

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