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« Quelques textes du Canon Pali étayent une vision largement déterministe. (…) Il existe toutefois d’autres textes où le Bouddha réfute clairement tout déterminisme moral, tel le Titha Soutra (Anguttara Nikaya 3.61) dans lequel il soutient qu’un tel point de vue contredit la possibilité de suivre un chemin spirituel :

 « Il existe des prêtres et des contemplatifs qui professent cet enseignement, ce point de vue : ‘Quelle que soit l’expérience que fait un être, plaisante, douloureuse ou ni l’un ni l’autre, tout cela est la conséquence des actions passées’ … [A ceux-là] j’ai dit : ‘Dans ce cas, une personne va tuer des êtres vivants à cause de ce qui a été accompli dans le passé. Une personne va voler… manquer à la chasteté… mentir… semer la zizanie… tenir des propos outrageants… se perdre en vains bavardages… se montrer avide… méchante… défendre des vues erronées à cause de ce qui a été accompli dans le passé.’

Ô moines, quand les actions passées sont présentées comme jouant un rôle essentiel, il n’y a plus de désir, plus d’effort [de se dire] « Il faudrait faire ceci, ne pas faire cela. »

Dans un autre bref soutra (Sivaka Sutta), un ascète nommé Shivaka interroge le Bouddha sur le point de vue selon lequel « quoi qu’une personne expérimente, que ce soit le plaisir, la douleur ou aucun des deux, c’est la conséquence des actions antérieures. Que répond à ceci le Vénéré Gautama ? » A quoi le Bouddha répond :

« Produit par (des désordres de) la bile, surgissent alors, Shivaka, certains sentiments…  produits par (des désordre du) phlegme… des gaz… des (trois) combinés… par le changement de climat… par un comportement contraire… par des insultes… par les résultats du karma – (du fait de tout ceci) Shivaka, surgissent certains sentiments… Or, quand ces ascètes et Brahmanes soutiennent une telle doctrine et considèrent que quoi qu’une personne expérimente, que ce soit plaisir ou douleur, ou aucun des deux, tout cela est causé par les actions antérieures, alors ils vont au-delà de ce qu’ils connaissent par eux-mêmes et est accepté comme vrai par le monde. C’est pourquoi je déclare que c’est une conception erronée de la part de ces ascètes et Brahmanes. »

Même si nous prenons cette citation du Bouddha au sérieux, nous ne devrions pas négliger l’humour de ce passage. On imagine même le Bouddha lâchant un pet et demandant à Shivaka : « Ceci est-il le résultat du karma ? » »

D. Loy, Notes pour une révolution bouddhiste, Kunchab+, Bruxelles 2010, p. 71-73

Cf. entrées Karma (David Loy), Karma (Philippe Cornu), Karma et injustice sociale

 Les textes proposés sur le blog de Shikantaza expriment avant tout l’opinion de leurs auteurs. Les lecteurs sont invités à les examiner avec l’esprit de libre arbitre prôné par le Bouddha dans le Kalama Sutta.

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Bonjour à toutes et à tous,
Ce petit message pour vous informer que le dojo sera fermé ce jeudi 24 mai en raison de la venue du Dalaï Lama en Belgique.
Au plaisir de vous revoir prochainement,
Michel

« Le karma a été utilisé pour justifier rationnellement le racisme, les castes, l’oppression économique, les handicaps à la naissance, etc. Si on l’interprète à la lettre, le karma justifie l’autorité des élites politiques censées mériter leur richesse et leur pouvoir ainsi que la subordination de ceux qui n’ont ni l’un ni l’autre. (…) S’il existe une relation causale infaillible entre les actes d’un être et son destin, il n’est plus besoin de travailler à une justice sociale parce qu’elle est déjà inscrite dans la structure morale de l’univers. En fait, si aucune souffrance n’est imméritée, il n’y a pas non plus de mal contre lequel nous devions lutter : tout s’équilibre en fin de compte.

Je me rappelle les réflexions d’un enseignant bouddhiste sur l’holocauste des juifs dans l’Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale : « Quel terrible karma devait être celui de tous ces juifs… » Ce type d’interprétation « intégriste », qui rend les victimes responsables et rationalise leur épouvantable destin est quelque chose que l’on ne peut plus tolérer en silence désormais. Il est temps pour les bouddhistes et le bouddhisme modernes de dépasser ce type de position en assumant notre responsabilité sociale et en trouvant les moyens de réagir à de telles injustices. »

David R. Loy, Notes pour une révolution bouddhiste, Kunchab+, Bruxelles 2010, p. 67

Les textes proposés sur le blog de Shikantaza expriment avant tout l’opinion de leurs auteurs. Les lecteurs sont invités à les examiner avec l’esprit de libre arbitre prôné par le Bouddha dans le Kalama Sutta.

Cf. Karma (Philippe Cornu) et Karma (David Loy)

« Karma signifie « acte motivé ». Le Bouddha a déclaré que nos actes s’inscrivent dans une causalité : ils sont motivés – c’est-à-dire conditionnés – par nos désirs et nos aversions, fruit d’habitudes émotionnelles. La motivation de l’acte est donc une impulsion mentale qui pousse au déclenchement de l’acte physique, verbal ou mental. Et l’acte entraîne à son tour un résultat bon ou mauvais. L’acte est donc conditionné et conditionnant. Cependant le vrai fruit de l’acte n’est pas son effet immédiat et apparent – satisfaisant ou non – mais ses conséquences différées qui affecteront profondément l’esprit et la vie de son auteur. Ce fruit du karma peut survenir longtemps après l’achèvement de l’acte. Durant tout le temps qui sépare l’acte initial et son résultat, l’esprit porte en lui la place rémanente de l’acte, qui se comporte comme la virtualité ou le germe d’un fruit futur. Quand les conditions le permettent, ce germe mûrit et produit le fruit du karma ou rétribution de l’acte. En vertu de la corrélation étroite entre la cause et l’effet, cette rétribution a la même teneur que l’acte motivé qui lui a donné naissance. Autrement dit, un acte favorable produit un résultat agréable, un acte défavorable, un effet désagréable. Or, ce n’est pas le caractère immédiatement bénéfique ou néfaste de l’acte qui fait de lui un acte favorable ou défavorable, mais bien ses véritables conséquences à long terme pour soi-même et autrui. Puisque ces conséquences sont conditionnées par la motivation qui a présidé à l’acte, c’est là que réside le fondement éthique de l’action. Si, par mon acte, j’ai satisfait un désir égoïste en causant de la souffrance à autrui, la rétribution finale en sera douloureuse, même si dans l’immédiat l’acte m’a apporté satisfaction. Au contraire, si mon acte est motivé par le souci d’autrui ou le désir de soulager sa souffrance, sa rétribution finale sera agréable et favorable, même si cet acte m’a paru sur le moment pénible à accomplir.

En résumé, tant que nous agissons poussés par nos désirs ou nos aversions, nous sommes les esclaves de nos habitudes passées. (…) »

 Philippe Cornu, La terre du Bouddha, Le Seuil, Paris 2004, p. 70

Les textes proposés sur le blog de Shikantaza expriment avant tout l’opinion de leurs auteurs. Les lecteurs sont invités à les examiner avec l’esprit de libre arbitre prôné par le Bouddha dans le Kalama Sutta.

Cf. Karma (David Loy) et Karma et injustice sociale

« Le terme sanskrit karma (kamma en pali) signifie littéralement « action », alors que vipaka est le résultat karmique de l’action (on parle aussi de phala, son « fruit »). Comme le suggère ce doublet, le point essentiel est que nos actes ont des conséquences – ou plus précisément que nos actes moralement pertinents ont des conséquences moralement pertinentes qui dépassent leurs effets immédiats. Dans la compréhension populaire la plus courante, la loi du karma et de la renaissance est une façon de contrôler la façon dont le monde nous traitera dans le futur, ce qui implique aussi de façon plus immédiate, que nous devons accepter notre propre responsabilité pour ce qui nous arrive maintenant, comme une conséquence de ce que nous avons sans doute fait dans le passé (« Si je suis né aveugle, et bien, ce doit être de ma faute… ») Or, un tel argument [méconnait complètement] la signification révolutionnaire de la réinterprétation de la tradition indienne par le Bouddha.

Il vaut sans doute mieux comprendre le karma comme la clé du développement spirituel, se demander comment notre situation existentielle peut être transformée en changeant dès à présent les motivations de nos actes. »

David Loy, Notes pour une révolution bouddhiste, Kunchab+, Bruxelles 2010, p. 73 s.

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Cf. Karma (Philippe Cornu) et Karma et injustice sociale

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