Celui qui fait le bien connaît le bonheur,

celui qui fait le mal va à l’encontre d’un sort funeste.

Étant donné que tout est impermanent,

il n’y a rien sur quoi on puisse s’appuyer.

La Voie du milieu prône le rejet de points de vue extrêmes, par exemple l’éternalisme (« Les choses existent réellement. ») et le nihilisme (« Rien n’existe. »).

Kôshô Uchiyama donne de cet enseignement un commentaire soucieux d’éclairer notre pratique quotidienne. L’enseignement de la Voie du milieu, dit-il, nous encourage à éviter le piège dans lequel tombe celui qui isole parmi l’ensemble des enseignements du Bouddha, par ignorance, facilité ou opportunisme, certains concepts qu’il érige en dogmes. Une telle attitude entraîne nécessairement de la confusion. Prenons les deux phrases en exergue de cet article. Si on y réfléchit bien, elles sont fondamentalement contradictoires. Elles évoquent pourtant deux principes fondamentaux du bouddhisme : l’impermanence et la loi de causalité…

Si nous réduisons les enseignements du bouddhisme à des slogans, à des dogmes, nous aboutissons nécessairement à une « impasse » (cf. cette entrée) ou aux aberrations décrites ci-dessous par Kôshô Uchiyama.

« Ce que je vous propose à présent est la caricature d’un style de vie peut-être pas très différent de celui de nombreuses personnes dans le monde aujourd’hui. Un jeune homme se met à réfléchir à sa vie future et se demande ce qu’il devrait en faire. Il se dit que tout est impermanent, que la vie est courte et que nous ignorons quand nous allons mourir. Dès lors, la meilleure façon de vivre est d’agir selon son bon plaisir jusqu’à ce que, l’heure venue, la mort survienne. Il mène donc sa vie comme bon lui semble, se permettant tout et n’importe quoi. Il finit par tomber à court d’argent, attrape la tuberculose et une maladie vénérienne. Il se dit que la fin est proche et décide de faire un dernier mauvais coup : un braquage de banque. Lors du braquage, il s’attaque à quelqu’un avec un couteau et est arrêté peu après. Une fois arrêté, il tente de se suicider en se coupant la langue, mais échoue. Il prend 7 ans et purge sa peine, accablé par la maladie. Après sa libération, la société rejette cet ex-détenu. Lui-même a perdu à la fois le courage de poursuivre sa vie détruite et de se suicider.

Voilà donc une personne qui a bâti sa vie sur une conception erronée de l’impermanence. Considérant que la vie est brève et que personne ne sait quand il va mourir, il est pris de désespoir. Et c’est à ce moment précis que la loi de causalité se manifeste. Suite à sa vie de débauche et à la fréquentation de prostituées, il a contracté la tuberculose et une maladie vénérienne. Le braquage de la banque l’a amené en prison. Devenu incapable de gérer sa propre vie, il a dû subir les conséquences de ses actions antérieures.

De même, une personne qui ne raisonne qu’en termes de causes et d’effets [et qui a acquis par ses actes une fortune et une constitution exceptionnelles] peut mourir en un instant dans un accident de circulation. (…) Si vous accordez trop d’importance à la causalité, vous allez très probablement être subitement confronté à l’impermanence ou alors, l’enchaînement des causes et des effets va prendre un tour complètement inattendu. (…)

[L’erreur qui consiste à envisager notre vie sous le seul angle de l’impermanence ou de la causalité, poursuit Kôshô Uchiyama, est à l’origine de l’enseignement de la Voie du milieu.]

« Suivre la Voie du milieu » ne signifie pas « Couper la poire en deux ». Cela n’a rien à voir avec un compromis frileux ou un éclectisme superficiel. Pratiquer la Voie du milieu, c’est au contraire accepter dans notre propre vie cette contradiction de l’impermanence et de la causalité. Accepter signifie aller au-delà, sans essayer de la résoudre. Fondamentalement, la vie est contradiction. Et la grandeur de notre vie [life force], notre aptitude à accepter et intégrer la contradiction sans tenter de la résoudre ou être annihilé par elle. »

Kôshô Uchiyama, How to cook your life, Boston & London, Shambala, 2005, p. 62-63

Les textes proposés sur le blog de Shikantaza expriment avant tout l’opinion de leurs auteurs. Les lecteurs sont invités à les examiner avec l’esprit de libre arbitre prôné par le Bouddha dans le Kalama Sutta.