RÉINCARNATION (idées reçues)

« C’est par un glissement abusif que l’on présente une institution tardive et purement tibétaine comme relevant de l’orthodoxie bouddhique. En effet, elle n’apparaît qu’à la fin du XIIe siècle dans l’école des Karmapa, lorsqu’un grand lama de cette école, Düsum Khyempa, eut l’idée de prédire sa propre renaissance. La chose avait l’avantage de garder vivant au sein d’une même école, par-delà la mort, le prestige du personnage. L’idée se propagea comme une traînée de poudre dans les autres écoles, notamment celle des Gelugpa, qui l’utilisera pour mettre en place la lignée des dalaï-lamas.

Le phénomène des réincarnations doit donc être replacé dans son contexte culturel, celui de la culture tibétaine. Jusqu’à tout récemment, il était en effet limité au Tibet et aux royaumes voisins (Bhoutan, Sikkim, Ladakh, Mongolie), et n’a joué pratiquement aucun rôle dans le bouddhisme indien proprement dit, pas plus d’ailleurs que dans les autres formes indianisées (Asie du Sud-Est) ou sinisées (Chine, Vietnam, Corée, Japon) du bouddhisme.

(…)

Le système de la réincarnation existe depuis des siècles au Tibet et ses avantages, affirme-t-on, n’ont jamais été remis en question, ni par les Tibétains, ni par les Occidentaux. On pourrait ajouter : ni par les Chinois, qui ont eux aussi su détourner à leur profit le charisme de certains lamas. En revanche, on pourrait se demander ce que pensent les autres bouddhistes d’un tel système, eux qui n’ont pas jugé bon, malgré ses avantages, d’en faire un article de foi. »

Bernard Faure, Le Bouddhisme, Le Cavalier Bleu, Idées reçues, Paris 2004, p. 57-59

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