«Question : Certains disent (…) que l’esprit est par nature éternel. Cela veut dire en substance que bien que votre corps, en tant qu’il est né, soit condamné à disparaître, il en va tout autrement de votre essence spirituelle. Si vous comprenez que votre corps renferme une essence spirituelle non soumise à la naissance et à la mort, vous faites de celle-ci votre nature foncière. Ainsi, le corps n’est qu’une forme éphémère, il meurt ici pour renaître là, indéfiniment. L’esprit par contre est éternel, immuable dans le passé, le présent et le futur. (…) Cet enseignement correspond-il vraiment aux paroles des Buddhas et des patriarches?

 Réponse: la vue que vous venez d’exposer n’a absolument rien à voir avec la loi bouddhique. C’est la vue de l’hérésie Senika. Selon cette vue, (…) lorsque le corps disparaît, (la) nature spirituelle, se dépouillant [de son enveloppe corporelle], renaît autre part. (…) Elle est donc dite immortelle et permanente. Telle est cette vue hérétique.

Ainsi donc, étudier cette vue en la faisant passer pour la Loi bouddhique est plus absurde que de prendre des morceaux de tuile ou des cailloux pour un trésor. L’indignité qui résulte de cette erreur stupide n’a pas d’équivalent. C’est contre elle que le maître dynastique chinois Huizhong mettait fortement en garde ses disciples. N’est-il pas absurde d’assimiler à la Loi profonde des Bouddhas cette vue perverse selon laquelle l’esprit est permanent tandis que les caractères spécifiques périssent? (…) Sachez que ce n’est là que la vue fausse de l’hérésie Senika, et abstenez-vous d’y prêter l’oreille.»

Dôgen, Bendôwa (« Propos sur le discernement de la Voie »), in:

Bernard Faure, Dôgen, La vision immédiate, Le Mail, 1987, pp. 95-96

Les textes proposés sur le blog de Shikantaza expriment avant tout l’opinion de leurs auteurs. Les lecteurs sont invités à les examiner avec l’esprit de libre arbitre prôné par le Bouddha dans le Kalama Sutta.