« Je ne désire rien du passé.

Je ne compte plus sur l’avenir.

Le présent me suffit.

Je suis un homme heureux,

car j’ai renoncé au bonheur[1]. »

Une des premières instructions que reçoit le méditant néophyte est de ne se soucier ni du passé, qui n’est plus, ni du futur, qui n’est pas encore, mais de se concentrer sur « l’ici-et-maintenant ». Cette attention accordée au (moment) présent, que l’on appelle aussi « pleine conscience », n’est ni un héritage des sagesses orientales ni une expression de la « zen attitude ». C’est une recommandation que l’on retrouve chez les sages d’Occident et d’Orient à toutes les époques.

Parmi des dizaines d’autres citations possibles, celle de Jules Renard, ci-dessus, et celle de Pascal, ci-dessous, illustrent cela de manière exemplaire pour le domaine francophone.

« Exotique », la pratique de zazen ?

« Nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l’avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours ; ou nous rappelons le passé, pour l’arrêter comme trop prompt : si imprudents que nous errons dans des temps qui ne sont pas nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient ; et si vains, que nous songeons à ceux qui ne sont rien, et échappons sans réflexion le seul qui subsiste. C’est que le présent, d’ordinaire, nous blesse. Nous le cachons à notre vue, parce qu’il nous afflige ; et s’il nous est agréable, nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l’avenir, et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance, pour un temps où nous n’avons aucune assurance d’arriver.

Que chacun examine ses pensées, il les trouvera toutes occupées au passé et à l’avenir. Nous ne pensons presque point au présent ; et, si nous y pensons, ce n’est que pour en prendre la lumière pour disposer de l’avenir. Le présent n’est jamais notre fin : le passé et le présent sont nos moyens ; le seul avenir est notre fin. Ainsi, nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre ; et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais. »

Pascal, Pensées, Le Livre de Poche, 1972, p. 83-84


[1] Jules Renard, Journal, 9 avril 1895, Éditions 10-18, 1984, t. 1, p. 265

Les textes proposés sur le blog de Shikantaza expriment avant tout l’opinion de leurs auteurs. Les lecteurs sont invités à les examiner avec l’esprit de libre arbitre prôné par le Bouddha dans le Kalama Sutta.

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