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« L’une des histoires qu’Ajahn Chah se plaisait à raconter souvent concerne un homme qui avait décidé de tout laisser derrière lui pour suivre le Dhamma. Il vendit sa maison et tous ses biens et fit ordonner sa famille en même temps que lui. Ensemble ils partirent faire un pèlerinage en Inde puis retournèrent en Thaïlande pour pratiquer auprès d’un maître spirituel. Ajahn Mun étant le maître le plus réputé à l’époque, ils allèrent à son monastère. En arrivant, ils le trouvèrent assis avec ses disciples à mâcher du bétel, parler et rire. L’homme en fut choqué et consterné car cette image ne s’accordait pas à son idée d’un gourou. Il se rappela les Écritures où il est dit que le Bouddha ne riait jamais, se contentant d’un sourire qui ne montrait même pas ses dents. Alors l’homme et sa famille quittèrent Ajahn Mun, se défroquèrent et abandonnèrent leur quête. » [Paul Breiter, Préface à l’ouvrage d’Ajahn Chah, Tout apparaît, tout disparaît, Editions Sully, 2010, p. 14 – 15]

Le Bouddha ne manque jamais de nous mettre en garde, contre l’attachement aux vues fausses bien sûr (la recherche du bonheur dans les plaisirs sensoriels, par exemple), mais aussi contre l’attachement aux vues en général.

Autrement dit contre le danger d’ériger en dogme toute vue quelle qu’elle soit, fût-ce même ce que nous considérons comme la Vérité.

Sutta Nipata 4.5 / Paramaṭṭhaka Sutta[1]

« Celui qui s’associe à certaines diṭṭhis[2] (opinions) en les considérant comme suprêmes, en les érigeant comme meilleures dans le monde, et qui à cause de cela considère toutes les autres comme inférieures, celui-là n’est pas à l’abri des querelles. Lorsqu’il perçoit son intérêt propre dans ce qui est vu, entendu, connu, ou dans les rites et rituels, il se saisit de cette diṭṭhi et considère toutes les autres comme sans intérêt. Ceux qui sont chevronnés disent que ce sur la base de quoi on considère tout le reste comme inférieur est un nœud d’entrave.

C’est pourquoi un bhikkhu ne devrait pas se rendre dépendant de ce qui est vu, entendu, connu, ni des rites et rituels. Il ne devrait pas se considérer lui-même comme égal à un autre, non plus inférieur ni supérieur. Abandonnant [les diṭṭhis] qu’il avait auparavant soutenues et n’en adoptant pas de nouvelles, il ne se rend pas dépendant, pas même de la connaissance. Lorsqu’il se trouve parmi ceux qui se disputent, il ne prend pas parti. Il n’a recours à aucune diṭṭhi. Celui qui n’a pas d’inclination envers les extrêmes, le devenir ou le non-devenir, dans cette existence-ci ou dans une autre, celui-là ne possède pas de point de vue fixe pour investiguer les doctrines adoptées [par les autres]. Il ne fabrique pas le moindre concept sur la base de ce qui est vu, entendu, ou connu. Ce brahmane, qui ne s’attache à aucune diṭṭhi, à quoi pourrait-il s’identifier dans le monde?

Il ne spécule pas et n’adopte aucun [concept].

Il n’adhère pas non plus aux doctrines.

Un brahmane qui ne pratique pas de rites et rituels,

Qui est allé au-delà, ne retombe pas dans les diṭṭhis. »

Le bouddhisme zen, qui aime les formules iconoclastes, dit : « Si tu vois le Bouddha, tue-le ! » Un blogueuse commente[3] : « Médite chaque matin comme si c’était la première fois que tu t’asseyais sur ton zafu. »


[2] diṭṭhi: vue, opinion, opinion spéculative, point de vue, croyance, credo, vue pénétrante (basé sur le verbe ‘dis’ signifiant ‘voir’). Sammādiṭṭhi, la vue correcte, est le premier constituant de l’ariya aṭṭhaṅgika magga. Toutes les diṭṭhis sont en principe abandonnées par un bhikkhu. Voir Sn 4.5.

[3] http://zemapprentimaitrezen.wordpress.com

Les textes proposés sur le blog de Shikantaza expriment avant tout l’opinion de leurs auteurs. Les lecteurs sont invités à les examiner avec l’esprit de libre arbitre prôné par le Bouddha dans le Kalama Sutta.

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