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« Le grand maître du Zen Shunryu Suzuki est arrivé aux Etats-Unis en 1959. À toute manifestation d’intérêt pour le zen encore peu connu il répondait simplement : « Je pratique tous les matins à 5h45, venez me rejoindre. » Si quelqu’un se présentait, prêt à un tel effort, il l’accueillait, lui montrait la posture de la méditation, et lui désignait un coin pour s’asseoir dans la salle.

Cette exigence peu amène est une magnifique manière de préserver, en notre temps, l’esprit du Bouddha : elle est peu manipulable. « Quand vous essayez d’atteindre quelque chose, précise Shunryu Suzuki (…), votre esprit commence à vagabonder ailleurs. Quand vous n’essayez pas d’atteindre quelque chose, votre corps et votre esprit sont ici même.1 » Aussi, il n’invitait chacun qu’à venir s’asseoir. Pour rien. Cette insistance à laisser tomber tout espoir, toute recherche d’un bénéfice, cette décision de ne faire aucune promesse, ouvre un champ de transformation indéniable. Surtout elle coupe court au travers de l’obsession qui nous ravage. Elle remet l’homme face à l’abîme. »

Fabrice Midal, Quel bouddhisme pour l’Occident ?, Seuil, Paris 2006, p.206-207

1 Citation in : Shunryu Suzuki, Esprit zen, esprit neuf, Éditions du Seuil, Points Sagesse 1977, p.37

Les textes proposés sur le blog de Shikantaza expriment avant tout l’opinion de leurs auteurs. Les lecteurs sont invités à les examiner avec l’esprit de libre arbitre prôné par le Bouddha dans le Kalama Sutta.

« L’une des histoires qu’Ajahn Chah se plaisait à raconter souvent concerne un homme qui avait décidé de tout laisser derrière lui pour suivre le Dhamma. Il vendit sa maison et tous ses biens et fit ordonner sa famille en même temps que lui. Ensemble ils partirent faire un pèlerinage en Inde puis retournèrent en Thaïlande pour pratiquer auprès d’un maître spirituel. Ajahn Mun étant le maître le plus réputé à l’époque, ils allèrent à son monastère. En arrivant, ils le trouvèrent assis avec ses disciples à mâcher du bétel, parler et rire. L’homme en fut choqué et consterné car cette image ne s’accordait pas à son idée d’un gourou. Il se rappela les Écritures où il est dit que le Bouddha ne riait jamais, se contentant d’un sourire qui ne montrait même pas ses dents. Alors l’homme et sa famille quittèrent Ajahn Mun, se défroquèrent et abandonnèrent leur quête. » [Paul Breiter, Préface à l’ouvrage d’Ajahn Chah, Tout apparaît, tout disparaît, Editions Sully, 2010, p. 14 – 15]

Le Bouddha ne manque jamais de nous mettre en garde, contre l’attachement aux vues fausses bien sûr (la recherche du bonheur dans les plaisirs sensoriels, par exemple), mais aussi contre l’attachement aux vues en général.

Autrement dit contre le danger d’ériger en dogme toute vue quelle qu’elle soit, fût-ce même ce que nous considérons comme la Vérité.

Sutta Nipata 4.5 / Paramaṭṭhaka Sutta[1]

« Celui qui s’associe à certaines diṭṭhis[2] (opinions) en les considérant comme suprêmes, en les érigeant comme meilleures dans le monde, et qui à cause de cela considère toutes les autres comme inférieures, celui-là n’est pas à l’abri des querelles. Lorsqu’il perçoit son intérêt propre dans ce qui est vu, entendu, connu, ou dans les rites et rituels, il se saisit de cette diṭṭhi et considère toutes les autres comme sans intérêt. Ceux qui sont chevronnés disent que ce sur la base de quoi on considère tout le reste comme inférieur est un nœud d’entrave.

C’est pourquoi un bhikkhu ne devrait pas se rendre dépendant de ce qui est vu, entendu, connu, ni des rites et rituels. Il ne devrait pas se considérer lui-même comme égal à un autre, non plus inférieur ni supérieur. Abandonnant [les diṭṭhis] qu’il avait auparavant soutenues et n’en adoptant pas de nouvelles, il ne se rend pas dépendant, pas même de la connaissance. Lorsqu’il se trouve parmi ceux qui se disputent, il ne prend pas parti. Il n’a recours à aucune diṭṭhi. Celui qui n’a pas d’inclination envers les extrêmes, le devenir ou le non-devenir, dans cette existence-ci ou dans une autre, celui-là ne possède pas de point de vue fixe pour investiguer les doctrines adoptées [par les autres]. Il ne fabrique pas le moindre concept sur la base de ce qui est vu, entendu, ou connu. Ce brahmane, qui ne s’attache à aucune diṭṭhi, à quoi pourrait-il s’identifier dans le monde?

Il ne spécule pas et n’adopte aucun [concept].

Il n’adhère pas non plus aux doctrines.

Un brahmane qui ne pratique pas de rites et rituels,

Qui est allé au-delà, ne retombe pas dans les diṭṭhis. »

Le bouddhisme zen, qui aime les formules iconoclastes, dit : « Si tu vois le Bouddha, tue-le ! » Un blogueuse commente[3] : « Médite chaque matin comme si c’était la première fois que tu t’asseyais sur ton zafu. »


[2] diṭṭhi: vue, opinion, opinion spéculative, point de vue, croyance, credo, vue pénétrante (basé sur le verbe ‘dis’ signifiant ‘voir’). Sammādiṭṭhi, la vue correcte, est le premier constituant de l’ariya aṭṭhaṅgika magga. Toutes les diṭṭhis sont en principe abandonnées par un bhikkhu. Voir Sn 4.5.

[3] http://zemapprentimaitrezen.wordpress.com

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Nous relayons bien volontiers l’information suivante:

Du16 au 27 novembre prochains, la librairie Oxfam de Gand organisera une vente  massive d’ouvrages de seconde main sur les religions et philosophies orientales. Ces ouvrages – plusieurs centaines – sont en langues néerlandaise, française, anglaise et allemande. La plupart d’entre eux sont consacrés aux différents courants et écoles du bouddhisme, mais aussi, pour certains, à d’autres traditions – on y trouve ainsi plusieurs dizaines de livres de et sur Krishnamurti. Ces ouvrages, tant populaires que spécialisés, sont en bon état et proposés à prix démocratique. Les livres les plus chers qui resteront invendus seront proposés à la vente en ligne. Les ouvrages en français seront envoyés aux boutiques Oxfam de Bruxelles.

La libraire se trouve au n°16 de la Sint-Amandstraat à Gand (près de la Sint-Pietersplein), à une vingtaine de minute à pied de la gare de Gand-Saint-Pierre. Elle est ouverte tous les jours de 10 à 18h, sauf le dimanche.

Enfin, veuillez noter que tout le personnel de la boutique est bénévole et que tous les bénéfices de la vente iront aux activités d’Oxfam Solidarité.

« Nous cherchons à vivre et pourtant la vie est toujours donnée. L’expérience du juste-s’asseoir nous renvoie à la dimension immédiate et présente de la vie. Tant que nous surimposons, que nous imposons quelque chose à la méditation, nous nous empêchons de réaliser sa dimension de plénitude. L’assise ne peut donc être une méditation que l’on qualifierait de thérapeutique ou même de spirituelle. Ajouter « juste » dans l’expression « juste s’asseoir, shikantaza, est une manière de briser tous les ajouts. C’est en osant laisser échapper toutes ses attentes que cette présence à soi, réelle, vivante, vivifiante, pourra surgir. Il ne s’agit même pas d’abandonner telle ou telle idée. Il s’agit réellement de s’abandonner en entier. La méditation est don pur. Le véritable don n’a aucune peur, il ne retient rien, il n’est entravé par rien. Il est amour. Il est ouverture. L’assise se réalise en tant qu’assise lorsque je m’engage totalement dans la dimension du don. « Totalement » signifie s’asseoir sans faux-semblant, sans arrière-pensée. Même les croyances sur la méditation, les espoirs devraient être abandonnés. L’intrépidité est ici requise, sinon la méditation restera morne, étouffée et l’on continuera à vivre dans le mondes de ses croyance. Il ne s’agit pas seulement de se défaire de ses attentes les plus grossières, les plus visibles, comme de vouloir soigner telle ou telle maladie, mais des attentes les plus subtiles, les plus invisibles. Celles que l’on doit finalement traquer au fond de soi pour les dépasser et se convertir au monde de la vie. »

Éric Rommeluère, Les bouddhas naissent dans le feu, Seuil, 2007, p. 90

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La nonne zen Joshin Bachoux Sensei était ce matin l’invitée de l’émission «Sagesses bouddhistes», où elle parlait de la pratique des oryokis («manger dans les bols du Bouddha»)

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