«On ne peut donc parler de plusieurs bouddhismes, mais d’un bouddhisme multiforme. C’est, à mon sens, la preuve de l’adaptabilité mais aussi de la solidité et de l’unité fondamentale de la doctrine bouddhique. Ni fixé par un dogme, ni dilué au cours de sa longue histoire et de ses pérégrinations asiatiques, il se décline en une série de variations sur un thème majeur : l’émancipation de la souffrance par l’accès à l’Éveil spirituel. Il n’est donc pas plus “fait” pour l’Occident qu’il ne l’était pour les cultures asiatiques : il dépasse tous les comportements culturels, qu’il décrit comme autant de pièges illusionnants. À la différence des religions monothéistes, il ne cherche pas à régir la vie de nos sociétés mais en montre les failles. Sa psychologie ne vise pas le bien-être immédiat et temporaire de l’individu, mais pointe du doigt le mal-être inhérent à toute existence marquée par l’avidité d’un bien-être égotique.
On l’aura compris : le bouddhisme n’est ni réductible à la recherche d’un mieux-être, ni un baume pour les bobos de la vie quotidienne. Il ne propose pas un “nouvel âge” de compromis où tout ira mieux sans rien changer à nos habitudes, et la méditation bouddhique n’est ni une technique de relaxation ni un anxiolytique pour échapper à la réalité quotidienne. Il suggère au contraire de nous interroger au plus profond de nous-mêmes sur les mobiles qui nous animent : continuons-nous à nous laisser dominer par nos désirs les plus immédiats, ou bien recherchons-nous la paix véritable de l’esprit, qui n’est accessible qu’au prix de la plus grande lucidité sur nous-mêmes et d’une ouverture inconditionnelle à l’existence?
Piégés dans l’avoir, nous ne “sommes” jamais, nous enfermant dans la prison mentale d’un univers d’objets consommables : la voie spirituelle consiste à s’extraire de cette prison et non à en améliorer le confort ! Point donc de bouddhisme prêt-à-porter, comme le “soyez zen” de la publicité. Car ces sous-produits, loin d’alléger notre mal-être fondamental, ne feraient que le recouvrir un peu plus et prolonger l’illusion que la spiritualité n’est au fond qu’une technique de bien-être.»
Philippe Cornu, Le bouddhisme, un chemin intérieur, Le Point, Hors-série n°6, janvier-février 2006, p.44-45
« Si vous vous efforcez d’observer les préceptes, ce n’est pas la véritable observation des préceptes. Observer les préceptes sans intention d’observer les préceptes, c’est la véritable observation des préceptes. Notre nature la plus profonde peut nous aider. Quand nous comprenons les préceptes comme une expression de notre nature la plus profonde, c’est la Voie comme c’est. Alors, il n’y a plus de préceptes. Quand nous observons notre nature la plus intime, aucun précepte n’est nécessaire, donc nous n’en observons pas. Mais nous avons aussi la nature contraire qui nous pousse à observer nos préceptes : nous sentons que la nécessité de les observer nous aidera. Quand nous comprenons les préceptes en ce sens négatif, celui d’une interdiction, il faut aussi y voir l’épanouissement de notre vraie nature. Nous avons donc deux options dans l’observation des préceptes, l’une négative et l’autre positive. Par ailleurs, quand nous avons le sentiment qu’il nous est impossible d’observer tous les préceptes, nous pouvons choisir ceux avec lesquels nous estimons pouvoir travailler.
Les préceptes ne sont pas des règles édictées par quelqu’un. Comme notre vie est l’expression de notre vraie nature, si cette expression est inappropriée, le Bouddha nous dit que ce n’est pas la Voie. Alors, nous prenons les préceptes. Ce qui est premier, c’est l’événement ou le fait, et non les règles. Il appartient donc à la nature des préceptes que nous ayons la possibilité de les choisir. Si vous empruntez une direction, vous prendrez certains préceptes et, si vous en suivez une autre, vous en choisirez d’autres. Il vous revient de décider quel chemin emprunter. »
Shunryu Suzuki, Libre de soi, libre de tout, Seuil, Paris 2011, p. 112-113
Dans son livre Le Zen et la Bible, le jésuite japonais J. K. Kadowaki écrit : « Lors de mes études théologiques, j’étais troublé par le manque d’équilibre entre mes connaissances intellectuelles et mon expérience religieuse. Le Zen m’a enseigné comment résoudre ce problème. »[1]
Maître Deshimaru disait souvent : « Le zen, c’est la religion d’avant les religions ». J’ai longtemps trouvé cette phrase dérangeante, irrespectueuse à l’égard des autres traditions. Grâce à Kakichi Kadowaki, je crois mieux comprendre aujourd’hui ce qu’il voulait dire. La méditation sans objet nous mène au cœur même de l’expérience religieuse. Celle-ci n’a rien à voir avec les croyances. Que nous soyons chrétien ou bouddhiste, croyant ou non, cela ne change fondamentalement pas grand-chose. Pierre de Béthune déclarait au micro d’Edmond Blattchen : « Je dirais que la pratique du zen m’a conforté dans ma vocation de moine bénédictin. »[2] Pour Maître Tôkuda, il est essentiel de transmettre cette pratique méditative. « Je pense, dit-il, que cela est vital pour l’avenir de l’humanité. »[3]
[1] J. K. Kadowaki s.j., Le Zen et la Bible, Espaces libres, Albin Michel, 1992, p. 56-57
À voir ce lundi soir (17/10/2011) à 22h05 sur La Une (RTBF): LoveMEATender, un documentaire de Manu Coeman
Comment la viande est-elle devenue si banale dans nos assiettes ?
Un documentaire belge qui va à la rencontre des réalités qui se cachent sous notre steak.
LoveMEATender interroge la place de la viande dans nos vies, et la folle envolée qui en a fait un produit « comme les autres » soumis à la règle du plus bas prix. En 2050, nous serons près de 9 milliards d’individus sur la Terre et pour nous nourrir de viande, il faudra 36 milliards d’animaux d’élevage. Peut-on continuer à penser qu’on pourra nourrir chaque habitant en lui donnant de la viande tous les jours ? Epuisement des ressources naturelles, pollutions diverses, réchauffement climatique : la terre paie déjà un tribut énorme à la surproduction… Les conséquences sur le corps de l’homme sont aussi nombreuses, de l’obésité aux cancers, diabète, maladies cardiaques et résistance aux antibiotiques. Quant aux animaux, sujets principaux, abaissés au rang de machines, ils n’ont plus part à notre monde, encore moins à notre imaginaire. Ce film s’adresse à tous les publics et exalte la vie au cœur même de nos assiettes grâce au mariage de l’image filmée, de la destinée d’un personnage formidable, le Breton André Pochon, de l’apparition des animations et d’une musique spécialement composée pour le film par le chanteur Kris Dane.